Le Glacier de la Grande Casse et ses moraines latérales. À l'arrière-plan de gauche à droite, la Pointe de la Grande Glière, la Pointe de la Petite Glière, l’Aiguille de l’Épéna et le Col de la Grande Casse. Prise de vue vers le nord-est, depuis l'arête sommitale de l’Aiguille de la Vanoise.
c. 1910
07/09/2006
c. 1910
07/09/2006
Présentation
Témoignages
LA CONSÉCRATION DE LA NATURE L'archéologue : Ce n'est pas le monde des hommes : ni eau, ni herbage, ni rien pour vivre. Aucune trace humaine d'occupation, ni de passage. Mais c’est un paysage de projection et d'habitation symboliques qui réfère essentiellement à l’idéal de l’alpinisme et à l’imaginaire traditionnel. Pour l’homme du XIXe siècle, il constitue un territoire d'exploit et de rencontre extraordinaire avec la nature ; c'est la lune de l'époque. C’est, à peu de choses près, l’expérience du surhumain ou du surnaturel. Et ce paysage représente aussi, dans l’imaginaire traditionnel, un monde habité d'êtres mythologiques. (Jean-Pierre Blazin) L’historien : Cette vue classique, sinon mythique, de la Vanoise montre évidemment un phénomène très net de recul d’un glacier, marginal à l’échelle géologique mais long à l’échelle historique, dans un site dont la représentation a évolué d’un non lieu fait de “rocs et glacières stériles”, longtemps ignoré cartographiquement et juridiquement, à celui de temple sacré de la nature sauvage, ou de « terrain de jeux de l’Europe », selon le célèbre mot de Leslie Stephen. En un peu plus d’un siècle, nous sommes donc passés de la fréquentation utilitaire et craintive de la haute montagne, à celle de sa domestication ludique et mystique. (Jean-Pierre Petit et PNV) L'urbaniste : D’un certain point de vue, ce site n’échappe pas à l’urbanisme, puisqu’il est inscrit dans des plans et fait l’objet de réglementation en terme d’aménagement. Mais n’est-ce pas plutôt l’urbanisme qui est soumis aux contraintes naturelles du site ? D’autre part, dans l’esprit de nos contemporains, la nature se définit comme ce qui échappe à la ville, et le sauvage, comme ce qui échappe à la civilisation. Que vaudrait alors un urbanisme qui réussirait, ou viserait seulement, à maîtriser le moindre lieu naturel ? (Jean-Pierre Petit et PNV) Le glaciologue : Cette reconduction photographique témoigne de l’évolution du paysage glaciaire dans les Alpes au XXe siècle, mais également, grâce aux moraines déjà découvertes sur la photo ancienne, de l’expansion du glacier au petit âge de glace (1450-1850). Entre ces deux époques, le glacier a certainement beaucoup évolué en fonction des grandes variations connues : une décrue entre 1850 et 1900 ; une stagnation de 1900 à 1940 ; une nouvelle décrue importante de 1940 à 1955, due à un manque de précipitations hivernales ; la re-avancée de 1955 à 1a fin des années 1980 ; puis, de nouveau, comme en témoigne la photo récente, la fonte spectaculaire enregistrée depuis 25 ans, liée à la hausse des températures estivales. Cette évolution répond à des phénomènes climatiques naturels, mais également à des facteurs humains dont les climatologues et les glaciologues cherchent à comprendre les mécanismes et les impacts sur le climat général ou local et les écosystèmes. (Delphine Six) Le philosophe : Aujourd’hui, le constat d’un recul des glaciers nous renvoie à notre propre responsabilité dans notre rapport à l’environnement, notamment dans notre impact climatique. Une prise de conscience qui suggère un devoir de précaution, en termes d’action, mais aussi d’observation et de connaissance. La perception de la finitude du monde imprègne désormais le spectacle des lieux réputés immortels. On ne peut plus se contenter d’un rapport quasi magique à la montagne, ni d’un simulacre de surnaturel mais le miracle ou l’absolu n’ont pas disparu, ils résident dans le libre choix constituant le principe même de la responsabilité. (Jean-Pierre Petit et PNV) Le photographe : « Il n’y a pas de doute, la neige, par sa blancheur autant que par le voile qu’elle impose aux spectateurs, censure le paysage. Regardez comme sa fonte nous donne à voir la sensualité des moraines, comme la féminité de ce site tout à coup s’expose ! Le réchauffement de la planète développe mon érotomanie, merci à lui ! » (Jacques Damez)