Au 1er plan les alpages de Pensamen. Au 2e pl., l'alpage d'Entre-Deux-Eaux et le hameau d'Entre-Deux-Eaux, à proximité du torrent de la Leisse. À l'arrière-plan de gauche à droite la pointe Mathews (3783 m) et la Grande Casse (3855 m). Prise de vue direction nord-nord-ouest, depuis la piste qui descend vers Entre-Deux-Eaux à partir du refuge de Plan du Lac.
2007 (07 octobre)
2007
Présentation
Entre-Deux-Eaux est l'un des plus beaux et des plus remarquables alpages de haute Maurienne et de Vanoise. On y recense les ruines de plusieurs dizaines de chalets de pierre, car nous sommes ici dans un système dit de « petite montagne » : chaque maison d'alpage appartient à une seule famille, qui exploite sa montagne où elle fabrique les fromages à partir du lait de son seul troupeau, qui dépasse rarement la dizaine de têtes. Un mode d'exploitation qui tranche avec les alpages collectifs -«la grande montagne »- de Tarentaise où sont rassemblés des troupeaux de plus de 100 bêtes dont le lait, mis lui aussi en commun, permet de fabriquer le Beaufort, gruyère dont les meules peuvent atteindre 80 kilos. Ici, à Entre-Deux-Eaux, les fromages sont au contraire plutôt petits. Depuis le début du XIXe siècle, c'est en effet ici que l'on fabrique de juin à septembre le Bleu de Termignon, fromage à pâte persillée, mélange de lait de vache caillé aigre et de caillé frais. Il s'ensemence naturellement lors de son affinage pour être bon à consommer pour Noël. Comme les grands crus de vin, la production - confidentielle - se monte à quelques centaines de pièces que les six producteurs vendent avant même leur fabrication, réalisée dans les premiers chalets en bas de la photographie. Les alpages de Pensamen, au premier plan, d'où est prise la photographie, sont broutés par des chevaux et des vaches ; ceux de la Leisse, le vallon qui s'éloigne au lointain arrière-plan au pied de la Grande Casse, par des génisses en bas des pentes et par des moutons en haut. Le torrent de la Leisse traverse tout ce grand alpage d'Entre-Deux-Eaux, seulement franchi par le pont de Croë-Vie, pont du XVIIIe siècle. Le sentier qui mène au Col de la Vanoise, vaste col glaciaire suspendu à 2515 mètres d'altitude, à gauche de la photographie, permet de convoyer depuis la vallée voisine de Tarentaise le sel extrait à Moûtiers et les fromages produits de l'autre côté du Col, dont le Beaufort. Cette véritable route muletière d'altitude pavée et entretenue par la Maison de Savoie conduit ses précieuses marchandises vers Termignon, d'où elle gagnera ensuite l'Italie par le Col du Mont-Cenis. Le GR5 l'emprunte aujourd'hui, les randonneurs ont succédé aux muletiers. Le chalet d'alpage privé, bâtiment clair au centre de la photographie, s'est reconverti dès 1906, accueillant les premiers « alpinistes ». Bouquetins et chamois s'aventurent parfois sur cette zone l'été, en descendant depuis les sommets et les barres rocheuses. Les cerfs et sangliers, dont la population croît dans la vallée, font eux des incursions dans les alpages depuis quinze ans environ. Les sangliers apprécient les sols enrichis en engrais, car ceux-ci prolifèrent en vers de terre dont ils raffolent. Au grand dam des agriculteurs restants car ils fouissent et retournent le sol. Falaises et rochers accueillent enfin le gypaète barbu, le plus grand rapace européen, dont il ne reste que 20 couples dans les Alpes. (France Harvois, 2009)